Une citation pour les curieux :

"Merde, l'amour, le vrai, ça ne peut pas être un nœud d'angoisse dans le cœur. Jamais il n'a été serein et bien sûr, cette angoisse contenait leur échec."

_ L'anomalie, d'Hervé Le Tellier (Gallimard, p. 228).

Le Sang de la Cité, Capitale du sud . 1, Cycle de La Tour de garde, de Guillaume Chamanadjian, Aux forges du Vulcain (2021)

 

Date de parution : 16 avril 2021
416 pages 
ISBN : 9782373051025

Quatrième de couverture 

Enfermée derrière deux murailles immenses, la Cité est une mégalopole surpeuplée, constituée de multiples duchés. Commis d’épicerie sur le port, Nox est lié depuis son enfance à la maison de la Caouane, la tortue de mer. Il partage son temps entre livraisons de vins prestigieux et sessions de poésie avec ses amis. Suite à un coup d’éclat, il hérite d’un livre de poésie qui raconte l’origine de la Cité. Très vite, Nox se rend compte que le texte fait écho à sa propre histoire. Malgré lui, il se retrouve emporté dans des enjeux politiques qui le dépassent, et confronté à la part sombre de sa ville, une cité-miroir peuplée de monstres.

Ma chronique 

C'est très en retard sur mes camarades de lecture que je m'en viens vous parler du Sang de la cité. N'hésitez pas à aller lire leurs chroniques sur leurs sites respectifs : sur la Bibliothèque d'Aelinel, Au pays des caves et des trolls ou encore sur le blog d'Un papillon dans la lune.

On notera d'emblée que ce tome est le point de départ d'un cycle écrit à quatre mains, débutant entre les murs de la Capitale du sud sous la plume de Guillaume Chamanadjian, dont c'est le premier roman. Claire Duvivier a déjà dévoilé, pour sa part, la couverture du roman à paraître en octobre et qui nous fera découvrir la capitale du nord. On a déjà très envie de lui jeter sans ménagement notre argent au visage (nous t'aimons, Claire).

Vulcain nous forge un projet fantasy de grande envergure

Ce qui a été annoncé comme une hexalogie répond aux doux nom de La tour de garde, et vous feriez mieux de le noter dans vos calepins car ce cycle s'annonce comme un des poids lourds du genre dans la production francophone. Il est prévu que nos deux auteurs écrivent chacun trois tomes se faisant écho au gré des sorties.

Dans ce premier tome, Guillaume Chamanadjian introduit Nohamux, un jeune homme au passé sombre d'une histoire familiale complexe, mais de bonne nature. Placé avec sa sœur jumelle sous la protection d'un des puissants de sa Cité, il va vite se retrouver pris dans des tractations politiques et commerciales qui auront tôt fait de partir en sucette. 

Gemina, capitale du Sud, est au cœur de ce récit. Les descriptions auxquelles se livre l'auteur sont si vivantes et son atmosphère si palpable que l'on aimerait lui demander s'il n'y a pas insufflé son attachement pour un lieu réel. Quoi qu'il en soit, cette puissance évocatrice constitue un des atouts majeurs de l'histoire de Nohamux, donnant presque au lecteur la sensation de le suivre à travers ses ruelles et d'y sentir les odeurs de friture. La présence de la Cité est d'autant plus forte qu'il lui confère une certaine aura qui, sans relever de la magie, semble influencer d'une façon ou d'une autre les évènements qui y ont court. Guillaume Chamanadjian installe d'ailleurs un aspect plus sombre de Gemina, sorte de reflet glacial et éthéré de la ville dans lequel Nohamux, capable de se joindre au rythme de la Cité, peut se rendre à sa guise. 

Mais l'essentiel de l'intrigue est pour l'instant centré sur les enjeux de pouvoir, cristallisés autour d'un projet de construction qui perturbe tant les habitants de la Cité que ses dirigeants. Les diverses manœuvres déployées pour le faire progresser ou le faire échouer rappelleront sans doute un certain Gagner la guerre, (Jean-Philippe Jaworski, Les Moutons électriques, 2009), qui délaissait l'épique pour le récit des diverses bassesses auxquelles se livrent les puissants pour répartir à nouveau le pouvoir. Un angle à mon sens plus intéressant et moins rebattu dans la fantasy.

Vous apprendrez, au passage, que la Tour de garde est un jeu évoquant les échecs ou le jeu de go. Cet élément est d'autant plus intriguant qu'il semble occuper une place significative dans la vie des citadins, et Guillaume Chamanadjian essaime de quoi piquer largement notre curiosité à ce sujet.

Un début timide, mais très prometteur

Si je ne partage pas le coup de cœur retentissant de mes comparses, je vois comme elles l'énorme potentiel de ce cycle.

Seul, il demeure à mon sens un peu léger, ou indécis, un peu timide, donc, comme si l'auteur avait fait excès de prudence. Seul, son univers ne se démarque pas encore suffisamment, dans mon esprit, d'un Gagner la guerre, qui imposait au lecteur tout le poids de ses enjeux et le charisme de ses personnages. Le panel manque ici de consistance, à défaut pour Guillaume Chamanadjian de caractériser suffisamment les différents protagonistes au-delà de la simple exploration, comme s'il procédait encore à tâtons. Aucun d'eux, donc, ne fait réellement écho à la forte présence de la Cité, à part peut-être et a fortiori Nohamux, puisque c'est son point de vue que le lecteur partage. 

Mais Le Sang de la Cité n'est pas seul, mais Guillaume Chamanadjian ne fait que commencer. Pour reprendre cette comparaison qui n'a pas quitté mon esprit tout au long de la lecture, Gagner la guerre était un one shot quand le récit qui nous occupe ici est une introduction, un premier pas. Trop d'indices laissent par ailleurs entendre que notre primo romancier en a gardé sous la botte, et les fondements qu'il commence par poser recèlent un énorme potentiel dont on ne peut douter qu'il sera exploité. Et il manque encore, bien sûr, le contraste que doit apporter Claire Duvivier.

Sur la forme, quelques manies de langage ne suffisent pas à altérer le style agréable et fluide avec lequel l'auteur nous raconte cette histoire. 

L'affaire est à suivre, plutôt deux fois qu'une. Je vois pour ma part ce premier roman comme une eau qui dort, promesse de grandes émotions à venir pour ses lecteurs. Rendez-vous est donc pris en octobre pour découvrir la Capitale du Nord.
 
 

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