Une citation pour les curieux :

"Merde, l'amour, le vrai, ça ne peut pas être un nœud d'angoisse dans le cœur. Jamais il n'a été serein et bien sûr, cette angoisse contenait leur échec."

_ L'anomalie, d'Hervé Le Tellier (Gallimard, p. 228).

Un livre jaune, de Michael Roch, chez Mü (2020)

 

 La quatrième de couverture

Un pirate s’échoue sur les rivages de Carcosa, la Cité d’Ailleurs.

Persuadé d’être mort, il est amené par Maar, un aveugle qui semble tout savoir de lui, au Roi en jaune. Ce dernier, hanté par le souvenir de ses amours, lui propose de revenir à la vie s’il parvient à le débarrasser de sa malédiction.

Commence alors la quête du pirate à la recherche de son propre trésor perdu, Ananova, la femme qu’il a tant chérie et pleurée.

Avec Le Livre jaune, Michael Roch nous plonge dans un drame féerique et poétique aux confins du cosmos, derrière Hastur, Aldébaran et les Hyades.

Ma chronique 

  * Cette chronique est estampillée #DéfiCortex *

Peut-être avez-vous déjà voyagé en Hiraeth, étrange contrée où se rend le narrateur au cours du singulier voyage que relate Michael Roch. Car pour certains, cette terre sera assurément familière. 

Alors que le lecteur rejoint Jacq dans son cheminement vers la Cité d'Ailleurs, rien ne va. Le récit semble vouloir se dérober et le perdre, aussi chargé d'images et de sensations qu'il est avare en clarté. Le pirate s'enfonce dans un monde aux abords mystérieux et lui seul semble avoir conscience de sa destination, apparait comme inexorablement entrainé vers elle. Mais pourquoi ? Le lecteur n'a, lui, que ce que Jacq s'efforce de décrire de ce cheminement. 

Et puis, quelques pages plus loin, une sorte d'évidence s'installe, s'impose d'elle-même à celles et ceux qui ont déjà fait ce voyage, dont le récit n'est en fin de compte qu'une allégorie. C'est à ce moment, alors que tout s'illumine enfin, que le texte touche en plein cœur, que l'auteur fait preuve d'une immense justesse. Michael Roch se fait presque peintre, tant il invoque images et couleurs à l'appui de son récit. 

Je ne sais comment il accomplit ce tour de force qui consiste à traduire en mots une expérience profondément solitaire par l'incompréhension qu'elle suscite habituellement (matérialisée par la difficulté à aborder le texte) et les abysses dans lesquelles elle confine le voyageur. Chaque page, alors lisible de tous, illustre enfin chaque étape, en restitue l'essence par je ne sais quelle magie d'écrivain. La rend accessible à tout un chacun.

Tout voyageur esseulé ayant parcouru cette contrée mérite de lire la conclusion que Jacq en tire et qui résonne comme un formidable message d'espoir, sans pathos ni bons sentiments, mais empreint de la lucidité et de l'empathie de celui qui est revenu d'Hiraeth.
 
Ce qu'évoque Le livre jaune, c'est l'espoir de réussir à dresser un pont, à ouvrir une fenêtre entre voyageurs et observateurs. Parce que je ne doute pas que les premiers iront au bout, ce sont les seconds que j'implore : faites ce voyage de quelques pages jusqu'au bout, car peut-être connaissez-vous un voyageur, ou en serez-vous un vous-même. Et alors ce livre, qui accomplit à mon sens un ouvrage fondamental dans nos sociétés, prendra tout son sens. 

Merci, Michael Roch. Merci mille fois.

Le pense-bête du libraire

Coup de cœur 
Genre/Fréquence : nouvelle, fable onirique/fantastique (difficile à classer).
Autres titres notables de cet auteur : Moi, Peter Pan (chez Mü, en 2017 ; chez Folio SF, en 2019).
Michael Roch a co-créé la chaine YouTube La Brigade du livre.
Le pitch en une phrase : Jack, pirate parti avec navire et équipage pour un voyage désespéré, parvient jusqu'en Hiraeth, à la Cité d'Ailleurs, où il devra faire face au Roi jaune.
Ce qui peut piquer la curiosité du client : Le texte est très singulier, inclassable mais d'une puissance évocatrice hors normes pour qui est familier avec ce voyage.
Les atouts à mettre en avant : C'est un récit très poétique, très imagé, qui parvient à retranscrire une réalité habituellement insaisissable et difficile à exprimer. Un véritable tour de force !
Les éventuels freins à l'intérêt du client : Le revers, c'est que le récit est ardu, déroutant et difficile à suivre si l'évidence ne vient pas.
À qui je conseillerais : aux voyageurs, qu'ils soient revenus ou non d'Hiraeth, aux lecteurs à la recherche de récits singuliers et forts, qui transcendent les genres.

Commentaires

  1. J'avais aimé Moi,Peter Pan.Le livre jaune est à l'image de sa couverture ,resplendissant. Je le relis de temps en temps. Faut dire que je suis Michael Roch
    addict! Merci pour cette chronique.

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    1. Je n'exclus pas de le relire, quelque chose que je fais pourtant très rarement. Moi, Peter Pan est dans la pàl. Merci pour votre commentaire !

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