Une citation pour les curieux :

"Merde, l'amour, le vrai, ça ne peut pas être un nœud d'angoisse dans le cœur. Jamais il n'a été serein et bien sûr, cette angoisse contenait leur échec."

_ L'anomalie, d'Hervé Le Tellier (Gallimard, p. 228).

Dune, de Frank Herbert, chez Pocket (2012, pour la version lue ; 1970 chez Robert Laffont)

Wass'up ?

Nous nous retrouvons donc pour le second titre objet de la battle qui va opposer sur ce blog Dune et La main gauche de la nuit, suscité je vous le rappelle par l'acte de provocation commis par David Meulemans dans l'excellent podcast C'est plus que de la SF, dont l'épisode 8 était consacré à Ursula K. Le Guin. Mais d'abord, chroniquons !
 

La quatrième de couverture

  Sur Dune, planète désertique, monde des sables, germe l'épice qui donne longévité et préscience.
     N'était l'épice, jamais les hommes n'auraient entrepris de conquérir Dune, encore nommée Arrakis.
     Mais à cause de l'épice, tout l'empire galactique, sur lequel règne le Padishah Shaddam IV, tourne autour de Dune.
     Les nobles maisons du Landsraad convoitent la fabuleuse richesse de Dune.
     La Guilde des Navigateurs qui détient le monopole des voies interstellaires se laisse acheter avec de l'épice.
     Leto Atreides, Duc et Cousin de l'Empereur, a reçu Dune en fief. Pour peu de temps. En 10191, il meurt assassiné, victime de la trahison d'un docteur Suk et de la félonie du Baron Vladimir Harkonnen.
     Mais son fils Paul et la mère de Paul, concubine du Duc Leto, trouvent asile dans les repaires du peuple Fremen, indompté, invaincu, la lie de Dune selon les Harkonnen, le sel de la terre pour d'autres.
     Paul grandit dans le désert et forge l'arme de sa vengeance.
     Mais son destin ne va-t-il pas lui échapper et ne va-t-il pas dépasser son but, lancer sur l'univers entier les légions Fremen en une effroyable croisade ? Il a, dit-on, le pouvoir de connaitre l'avenir. Aura-t-il celui de l'éviter ?

Ma chronique 

Premier tome du désormais célèbre cycle de Frank Herbert, Dune propose une découverte de la planète désertique Arrakis, dont l'environnement particulièrement hostile lui vaut ce surnom. Point convergent, malgré elle, d'un certain nombre d'intrigues galactiques relatées par le récit, Arrakis est très largement mise en avant sur différents plans : écologique, politique, religieux, économique, etc. La trame gravite en effet autour des particularités de cette planète et de ce qu'elle représente pour chacun des partis impliqués, mais aussi et surtout de la façon dont ces particularités conditionnent leur destin. 

La destinée et son inéluctabilité sont d'ailleurs un autre élément intéressant du récit, car Herbert ne cache à aucun moment que le devenir de ses principaux protagonistes est déterminé à l'avance. Le tout, pour eux comme pour le lecteur, reste de savoir dans quelle mesure ils y seront confrontés et la façon dont ils pourront se l'approprier. Ainsi, aucun n'ignore sa destinée mais tous cherchent à lui faire prendre un axe plus favorable, pour des motivations diverses. 

Herbert accorde également beaucoup de temps et de soin à la construction de la tension qui oppose les Harkonnens aux Atréides, sur le théâtre d'affrontement qu'est la planète. Les deux points de vue sont présentés et développés, et s'y ajoutent, par d'autres sources, ceux d'autres groupes et personnages : les Fremen, les contrebandiers, Irulan et son père l'empereur, le Bene Gesserit, les autres grandes familles, la Guilde ou encore le CHOM. Herbert fabrique donc pour le lecteur une approche multiple de ce que peut représenter Arrakis, ce qui enrichit considérablement la description qu'il en fournit. 

Cette approche multiple sert incroyablement bien le propos car elle restitue la complexité de ce qui se joue entre ces groupes et de la façon dont la situation est nécessairement affectée par ce théâtre des évènements. Un des exemples, semble-t-il cher à Herbert, est le plan écologique (aussi développé dans l'index) : les différents points de vue soulèvent des questions majeures dont les réponses peuvent profondément affecter les intérêts de chacun : Arrakis peut-elle régler le problème de l'eau ? De cette question dépendent un grand nombre d'autres éléments : sa dépendance à l'épice, sa dépendance à la Guilde, sa gouvernance, son rôle dans le jeu politique, sa culture et ses croyances religieuses, le rôle des contrebandiers qui y vivent, l'intérêt économique et stratégique qu'elle représente, etc. L'habile intrication de toutes ces considérations par l'auteur est un des atouts les plus impressionnants de cette œuvre. La description des environnements dénote en outre une grande sensibilité à la beauté de la nature.

Du reste, on note un manichéisme prononcé entre Atréides et Harkonnens — les Fremens doivent-ils nécessairement se rallier aux premiers ? — et une intrigue digne d'une tragédie grecque, avec des rôles très archétypaux. Le personnage de Paul est parfois irritant dans ses postures, ce d'autant plus que Herbert force un peu le trait. Un manque de subtilité qui, aux yeux de certains, détonera peut-être quelque peu au sein d'un environnement pourtant si travaillé. 

Dune est sans conteste une œuvre majeure, d'une grande richesse, et il me reste encore à découvrir les autres tomes du cycle. C'est en tout cas une lecture que j'ai fortement appréciée.

Je ne connais pas la peur, car la peur tue l'esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l'oblitération totale. J'affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu'elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin. Et là où elle sera passée, il n'y aura plus rien. Rien que moi.

Le pense-bête du libraire

Coup de cœur
Genre/Fréquence : roman en science-fiction, space/planet opera. Premier du cycle de Dune, sur six tomes (sept, si on compte le prélude Et l'homme créa un dieu).
Autres titres notables de cet auteur
Le pitch en une phrase : Paul Atréides et sa famille reçoivent en fief la planète Arrakis, sur laquelle vont inévitablement se jouer une partie des intrigues politiques qui doivent sceller leur destin.
Ce qui peut piquer la curiosité du client : Dune est au cœur de l'intrigue, dont elle est à la fois le théâtre et l'élément central, essentiel. La multiplicité des points de vue et des intérêts en jeu est un des points forts de cette lecture.
Les atouts à mettre en avant : un univers d'une grande richesse et complexe, un récit épique et grandiose, qui propose des phases variées : action, tension, réflexion, initiation, etc.
Les éventuels freins à l'intérêt du client : l'aspect manichéen des rapports entre les Harkonnens et les Atréides ; ce manque de nuance  contraste avec la complexité de l'univers imaginé par Herbert. Des personnages archétypaux, campés dans leurs rôles en dépit, parfois, du bon sens ou de la cohérence du récit.
À qui je conseillerais : à tout amateur de science-fiction, en particulier de planet opera, et de récits épiques, ici avec un petit côté tragédie grecque qui n'est pas dénué de charme. À tous ceux qui désirent découvrir les classiques du genre.
Peut être rapproché de : La main gauche de la nuit, D'Ursula K. Le Guin, dans une approche qui tient compte des particularités de la planète et de son influence sur les évènements relatés. Il me fait penser, par certains aspects, à l'univers de Tolkien... Le Seigneur des Anneaux de la SF ?

Commentaires

  1. Fais gaffe, on dirait presque que tu sous-entends que Dune est de la fantasy, j'en connais qui vont voir rouge xD.
    Lu il y a longtemps, j'avais bien aimé mais je me suis noyée dans les suites. Je le relirais bien maintenant avec un peu de recul en fait...

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    1. C'est ce que je me suis dit en l'écrivant. XD
      Mais avec les étiquettes, ça devrait aller. :p

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